Mais qu'ont-ils fait de mon marché ?

- Je regarde la mairie. Elle n'a pas changé. Le rose peut-être qui a fané... Le bois, on dirait qu'il va s'écrouler, qu'il ne tient plus qu'à quelques clou, un soupir ou peut-être par l'obstination de ces trois mots placardés LIBERTÉ, ÉGALITÉ et FRATERNITÉ. J'ai été bien couillon d'y croire ! Cette guerre de 39 n'a pas été gentille avec nous, le Bataillon des Indigènes. C'est là que j'ai compris que je n'étais pas Français, mais Noir, frères des Arabes, des Sénégalais. Pas Libre, mais Colonisé. Pas égal. Peut-être même pas légal ! Les murs du rêve s'écroulent, mais pas les mensonges, toujours placardés sur la mairie, imposés impunément au regard des enfants. Qui y croient. Puisque c'est écrit en gros noir sur blanc.

Tiens, la maison d'Ernest, au 42 ! C'est celle-ci ? Non ! Impossible ! Cà ? Quand je pense que c'était LA maison du bourg ! fallait la voir avec sa peinture wayayaille, ses persiennes toujours ouvertes pour que les passants voient le luxe à l'intérieur : le gramophone, les meubles ébène bien ciré, les gravures tirées aux 4 épingles, les bels mouns assises dans les berceuses... Gadé-y aprézan ! On pak kochon épi on lo zodi, on vyé bisiklèt... Sa ka santi la décadence et pon bel moun anko pou dansé asou la décadence. Comme quoi, rien ne dure toujours. Les maison comparaison, les gens comparaison, les sentiments comparaison... le temps les décomparaisonnera. Tout ça, atè !

J'aime bien cette ruelle avec ses pierres d'un temps et ses fougères d'un autre, glissées aux interstices.

Mais, qu'est-ce qu'ils ont fait de mon marché ?!


- Je n'ose pas te dire ce qu'ils en ont fait. Tu risques de tombé plus raide mort que tu n'étais tombé à Verdun en 42. La nouvelle réalité te transpercera plus malement que les balles qui avaient transpercé ton foie, ta rate, tout ton corps. Et surtout ton cœur. Les choses changent, on le sait bien, mais à ce point-là, c'est abusé ! Es-tu prêt à entendre ? Veux-tu vraiment savoir ce qui a remplacé les chadèques de la dame que tu aimais voir ? La fontaine d'où jaillissait vos désirs ? Les grilles qui retenaient vos soupirs ? L'étal débordant de promesses, du nannan de vos mots tendres ?

Quelle misère ce qu'il est advenu de tes lieux d'amour... Man préféré ou rété mo, pasé ou sav.


manzelKa, sept 2020




(Rose Modestine, Spiritaine vaillante et courageuse, morte au combat mais pas en vain.

Quelques siècles plus tard, elle redécouvre sa ville bien-aimée au cours d'une promenade avec une amie. )


J'errai dans la ville à la recherche d'un bâtiment, d'une personne que je connaissais. Une femme, un enfant, même un caillou, je serai satisfaite.

Des maisons que je connaissais neuves n'étaient plus que des morceaux de bois désassemblés. je ne reconnaissais en rien la belle commune que j'avais quittée. je ne saurai dire si elle était plus belle ou plus moche qu'avant. Tout ce que je savais, c'est qu'elle avait changé. "Mais qu'est-ce qu'ils ont fait de mon marché ?"


Rose se tenait devant les portes du marché, désemparée.

"Où sont passés les marchandes et les fruits aux odeurs alléchantes ?

Où sont passées les tables croulantes tant elles étaient chargées de fruits exotiques de toutes les couleurs possibles et imaginables ?

Et les tablettes coco pour lesquelles on se battait ?

Et les clochettes des sorbets ?"


Noa Bolivar (11 ans)

sept 2020

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