Les personnages de Texaco


Il y a Georges cet homme, septuagénaire, l’homme que mon cœur aime toujours, mais c’est un amour interdit. Il loge dans cet appartement à proximité des douze cabanes de pêcheurs. Devant sa porte, un arbuste le Guérit-tout. Il fut jadis chauffeur de taxi péyi. Depuis quelques années il est retraité. Il y a chez lui une élégance naturelle, c’est un véritable gentleman. Parfois, le weekend il part en balade en mer sur l’un ou l’autre de ces canots, Miss Véro ou Edmond pour une partie de pêche avec ses trois amis.


Il me faut l’oublier, il n’est pas disponible.

Ce septuagénaire m’a avoué faire tailler ses vêtements chez cette jeune femme styliste modéliste, dans l’atelier «Aux Quatre Epingles».


Je le retrouve ce soir comme par hasard sur mon chemin, rue Georges Nardy au quartier Texaco. Le hasard n’existe pas dit-on !

Il est toujours aussi beau malgré son crâne dégarni.

Ce soir, il y a celui qu’il me faut oublier car il n’est pas disponible pour moi.

Il m’a souri et tendu quelques feuilles de Guérit tout,

m’a conseillé de faire du thé pour guérir

mon cœur blessé de ne pouvoir l‘aimer.


Pierrette Présent, sept 2020



Il y a celui qui vous accueille avec un sourire radieux. Un soleil qui vous donne l’envie de découvrir son quartier. 

Curieux, il veut tout savoir de votre présence.

Bavard, il pose des questions mais avec une telle aménité que vous avez l’élan de lui répondre et qu’encore un peu vous l’inviteriez à être votre guide. 


Il y a celle qui, étonnée par tant de visiteurs à cette heure, vous hèle et vous parle avec enthousiasme de son Texaco. 

Elle y est née, elle y travaille.

Je sais où je vis ! dira-t’elle en défendant son quartier qu’on dit populaire et à qui, ceux qui ne le connaissent pas, prêtent tant d’insécurité.

Médisance ! criera-t’elle ! Invitant à revenir dans son atelier de couturière si bien dénommé : « aux quatres épingles » (à prononcer bien sûr avec le z).


Il y a ceux qui se cachent derrière un rideau dont on surprend un frémissement.

Il y a celui, sorti de nulle part, qui revient du bain, le port altier, avec une dignité quasi royale.

Il y a celui qui attend pour prendre la place et en profite pour s’esclaffer au téléphone, s’agacer des choses et d’autres, rire... tout cela en créole bien sûr, pour donner plus de piquant au personnage. 


Et sous le kiosque, tout un monde d’hommes, jeunes et vieux, un peu consommateurs de tant de choses légales ou illicites qui les tiennent là, solidaires d’un bavardage vain que l’on pourrait nommer amitié. 


Nicole Amazan, sept 2020



Il y a cette découverte première du quartier Texaco au crépuscule ce vendredi.

D'un côté, sur l'artère principale, on y voit une activité où certains se retrouvent pour boire, manger, discuter, jouer et ne pas s'esseuler.

D'un autre côté, deux rives traversées par une rivière où l'exutoire rassemble des activités de pêcheurs. En effet la mer n'est pas très loin.

Celui qui, jeune, perché à son balcon écoute une musique qui me paraît trop forte, pianote sur son téléphone, impassible.

Celui qui, plus âgé et paraît tranquille, assis sur son balcon, regarde le temps passer, les gens passer, il pense....

Ce qui me surprend reste tout de même le caractère de cet exutoire, de cette rivière dont les berges sont surplombées par des traverses horizontales.

C'est mon premier regard de Texaco.

Marie-France Servier, sept 2020


Il y a le gratteur de rouille qui se meut tel l'effet du courant dans la mangrove. C'est celui qui ondule, qui bulle, qui rêve d'une trêve. Il n'est pas seul.

Dans la pénombre, il attend.

Celui qui, perché sur ses échasses, nous observe. Il nous trouve étranges, mornes ou encore curieux. Là ! Sur son territoire. Des questions le taraudent, des pourquoi ? En ses terres, nous errons mais vers quel objectif ? Celui d'écrire ? Il ne sait pas, ses questions deviennent les miennes.

Mes yeux voyagent et se posent plus loin, sur...

Celui qui danse, qui chaloupe sur des musiques entraînantes, il n'ose demander une dame à danser. Il préfère imaginer leurs deux corps endiablés, tournés ou zoukés sur son air préféré.

Tout près, un amoncellement.

Celui qui accumule, qui ajoute, qui superpose, il utilise des bidons, des déchets, des trésors retrouvés. L'accumulateur. L'accumulateur est artiste. Il entrepose par juxtaposition. Tel un peintre, il réalise ses effets. Ce sont ses médiums, ses outils, sa palette. L'entrepôt devient galerie. On l'observe. De qui s'agit-il ?

Celui qui protège, il n'est pas fait de grilles, de barbelés ou de verre cassé. Il s'appelle King, nom d'un mâle. Là, tagué, sur un pan de mur jamais achevé. Toujours en mouvance, il danse. On le toise. Trop fier pour reconnaître sa puissance.

Qui ?

Celui qui pilote la cité, caché derrière les cabanes de pêcheurs. Il parle. De palabre en palabre, il narre. Il narre sa journée, sa vie passée mais il n'ose espérer pouvoir s'échapper car il aime son quartier.

Cynthia Combermale, sept 2020


Ceux qui, descendus des mornes et des campagnes

Ceux qui, rue des Pionniers, ont ramené avec eux la douceur du gato koko en relent KAY NADIA

Pas que, pas que…


Il y a aussi ce quelque chose du fondok :

- bonsoir

- merci de nous rendre visite

- vous faites une étude, on peut vous aider

- attention au canal

Et ce besoin viscéral de rassurer comme pour braver les on-dit, on-pense-que et dézinguer les a-priori.

- je suis fière de vivre ici, à Texaco

- j’habite, je travaille ici

Celle qui nous interpelle avec son large sourire, au détour de la rue Georges Nardy, toute en élégance sur le perron du « 4 Epingles ».

Ça sent la modernité ; marraine de la tradition revisitée, recalculée, adaptée.

Ne rien trahir du tan lontan, du pays profond en pays mêlé. Même juché sur son balcon, ce beau chabin décline ses riddims en tripotant son afro. Son insouciance invite au Pa Dig !

Tap, Tap ! Le domino frappé en écho à l’eau d’huile qui glisse doucement, doucement comme le temps à Bellevue du Marigot.

Félicia Nuissier, sept 2020


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