La vieille dame, le chat botté et le secret

Derrière les volets de la maisonnette aux tuiles d’argile et aux fenêtres peintes en vert, il y a un chat botté. Il n’est pas seul. Il observe la table de la voisine de la belle villa d’en face, humant avec ses narines bien développées la côte de bœuf que la riche voisine a déposée sur sa table. Ce repas qu’il convoite, c’est pour cette gentille dame isolée qui habite aussi cette maisonnette. Le chat botté n’est pas un vulgaire voleur, il est chargé d’une mission.

Il veille et tient compagnie à la vieille dame que la majeure partie des habitants de Grand-Rivière a rejetée et condamnée à vivre en recluse, enfermée dans cette petite maison à la seule porte qui ne s’ouvre pas.


Jadis, cette dame soignait et guérissait les gens à l’aide des rimèd razié. Les scientistes sont arrivés avec leur médicaments et lui ont interdit de s’adonner à ce type de médecine. Cette dame était en train de sombrer dans la tristesse et la dépression quand, un jour, un chat entra par la persienne et lui dit en miaulant doucement :


Je suis là pour veiller sur toi. Je suis à ton service. J’ai la faculté de prendre toutes les formes.

Chaque jour tu grimperas sur mon dos et je t’emmènerai respirer l’air pur, sur la plage, près des cocotiers.

Puis, nous irons au pied de la statue de la Vierge Marie sur le morne.

Pour ce faire, nous longerons la rue des Ardentes, puis passerons par la rue de la Fournaise

car dans ces rues nous sommes invisibles.


Le chat botté embellissait la maison de fleurs, dansait et chantait avec Siméone. C’est ainsi que, des années durant, le Chat Botté et la vieille dame vécurent heureux sans qu’aucune des âmes de Grand-Rivière ne s’en rende compte.


Et il y a ce secret bien gardé et ce silence obligé qui tourne dans la tête de Fifi, la fille de Man Roger. Elle se demande combien de temps elle sera condamnée à l’enfouir dans sa tête alors qu’il l’empêche depuis longtemps de dormir d’un sommeil réparateur. Tout à coup, lui vint une idée :


Je l’écrirai sur une toile de jute sur laquelle je poserai une grosse pierre ronde.

J’attacherai l’ensemble avec une corde longue et solide.

J’irai ensuite le jeter aux creux des grosses vagues qui l’emporteront dans les profondeurs des abysses.

Ainsi, je serai enfin débarrassée. Mon cœur sera désormais aussi léger qu’une plume d’oiseau.



Pierrette Présent

sept 2020

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