La fabuleuse histoire de Mr Lrrrrrr

Messieurs et dames la compagnie, je vais vous conter l’histoire d’un homme qui avait tellement de paresse en lui que je crois même que j’ai attrapé son mal contagieux et je ne sais même pas si avant la fin de cette histoire que je veux vous conter, je ne vais pas m’endormir.

Et si je m’endors, Messieurs et dames la compagnie, réveillez-moi !

Mais est-ce que la cour dort ?

Notre homme s’appelait Lrrrrrr... Personne n’a jamais entendu un nom pareil et tout le monde avait oublié son vrai prénom car avant même de le prononcer, ti boug la té ka ronflé kon sa. Tous les gens du pays l’appelaient donc Lrrrrr...

Lrrrrr... habitait tout en haut de Clarac avec sa vieille manman qui faisait tout dans la maison. Il avait mis des années et des étoiles à construire sa case et s'était arrêté en dessous des fenêtres. Il ne coiffait que la moitié de la tête, ne laçait qu’un seul soulier, ne finissait jamais ses phrases, ne chantait que le premier couplet des cantiques. Même quand il allait aux cabinets, il s’endormait avant que la chose ne sorte de ses fesses. Il répétait toujours « Je verrai ça après »

Tout petit bonhomme, la manman de Lrrrrr... l’avait emmené chez le Docteur qui avait de longues études en France et qui lui avait dans son plus gros français «Votre fils souffre d’un mal qu’on appelle procrastination»

La manman de Lrrrrr..., sitôt sortie de chez le docteur de France, annonça au voisinage que son fils chéri souffrait de prostate de la Nation. Mon Dieu, Seigneur, sa ki maladi ta la ?I Contagieux ?

Revenons à notre homme. Donc, non seulement il ne terminait jamais rien, mais le peu qu’il faisait, il le faisait tellement lentement que même quand il regardait l’heure, la pendule reculait. Il commençait même ses livres par la fin pour gagner du temps.

Mais Messieurs et dames la Compagnie je sens mes yeux se fermer et le sommeil me rattraper.

Est-ce que la cour dort ?

Lrrrrr... passait toutes ses journées allongé pour ne pas se fatiguer et tous les gens qui passaient le voir lui souhaitaient une bonne nuit. Et lui ne se donnait jamais la peine de répondre.

Un vieux monsieur qui vivait encore plus haut dans Clarac observait Lrrrrr... depuis un certain morceau de temps bien gras. Un jour de gros soleil, il demanda à Lrrrrr... de l’aider à porter un seau percé, tellement le sceau était trop lourd pour un vieux monsieur comme lui.

Lrrrrr... prit le sceau et s’arrêta deux pas plus loin : « Je verrai ça après » dit-il en soupirant.

Le vieux monsieur qui ne connaissait pas la maladie rare de Lrrrrr était tellement fâché que ses oreilles et ses narines fumaient plus que la montagne Pelée.

Mes amis, si je m’endors, vous ne saurez pas ce qu’il advient de notre homme.

Est-ce que la cour dort?

Le vieux monsieur prit une conque de lambi, une pierre et un vieux pot en fer troué avec une intention d’envoyer Lrrrrr... tout droit en enfer. De Mémoire de cabri, je vous le dis, Lrrrrr... fut aussitôt projeté dans un tourbillonnage, direct en enfer. Il n’était jamais allé aussi vite, ni aussi loin. Et sa nature reprit le dessus : « Je verrai ça après ». C’était sa phrase préférée.

Lrrrrr... s’arrêta donc en plein mitan de sa route céleste.

Et c’est comme ça que lui qui était destiné à l’enfer fit escale et s’arrêta au Paradis.

On dit qu’il est allongé sur un parterre de jasmin, qu'il a commencé à construire une petite case et s’est arrêté à la première pierre.

On dit aussi que Lrrrrr...

Messieurs et dames la Compagnie, le sommeil est déjà arrivé jusque dans mes oreilles et dans ma bouche.

On dirait que la cour dort...

Isabelle Kanor



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