Extérieur Jour / Extérieur Nuit

       LE REGARD DE CHRISTINE       

 

Quand tu arriveras près de la rivière

A la clarté disparaissante

Quand tu arriveras dans cet espace nôtre

Tu verras ces toits, en hauts, perdus

Ces maisons suspendues

Tu devineras,

Mêlées aux murmures du cours d’eau,

Les rumeurs des en-dedans

Tu te laisseras guider

Par les odeurs de confiture de goyave

Et, tes narines chatouillées,

Tu te laisseras bercer… et caresser

Par le dernier rayon de soleil

Quand tu arriveras près de la rivière

A la tombée de la nuit,

Tu auras le choix : rester là

Ou traverser.

 

La nuit est tombée, j’arrive près de la rivière.

Que vais-je faire ?

Demeurer sur cette berge devenue mienne ?

Franchir le gué et me retrouver

Peut-être de l’autre côté ?

Atteindre les sommets, ces maisons suspendues ?

Je suis assaillie par mille questions :

Et si… et si… et si au lieu de me retrouver, je me perdais ?

Et si, une fois là-bas, j’avais envie de revenir ?

Et si, trop essoufflée pour gravir ces marches, à pic,

Je restais plantée là au beau milieu, entre Citron et de-Briand ?

Allez ma fille, « vif, créatif, dynamique » me dit la petite voix !

Je ne suis plus entre chien et loup.

La nuit est tombée

Je décide de franchir la rivière.

 

 

         LE REGARD DE MARIE-FRANCE        

 

Quand tu arriveras près de la rivière,

face à toi un pan de montage, ou de morne, diront certains, te laisse pantois.

On y voit des maisons incrustées, se cumulant les unes sur les autres, à étages, peinturées ou pas, bien ou mal finies.

On y voit de la végétation, beaucoup de végétation, des arbres, des arbustes, à biomasse foisonnante.

Quel pan de mur !

Quelques poteaux permettent à leurs ampoules d’illuminer ce tableau, ce pan de mur, à la tombée de la nuit… C’est à Citron, Trenelle-Citron, un quartier de Fort de France

 

La nuit est tombée et j’arrive près de la rivière.

On devine ce pan de morne, ou de montagne. Les maisons qui bénéficient de leurs lucioles et les ampoules des poteaux électriques permettent de deviner un tel pan ! La végétation n’est presque plus visible, sauf pour quelques branches d’arbres situées proches des maisons ou des poteaux éclairés.

C’est somme toute plus impressionnant et plus interrogeant car laissant plus de place à l’imagination.

Ce quartier, non plus dénommé Citron, mais Berge-de-Briant.

 

​​

 

 

 

 

 

 

 

    LE REGARD DE NOA (8 ans)     

 

La nuit est tombée et j'arrive près de la rivière

Chaque porte, chaque fenêtre donne sur un autre monde

Le bruit d'eau de la rivière donne un air magique à ce lieu

Des enfants jouent joyeusement dans les rues étroites

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      LE REGARD DE VINCENT     

 

Quand tu arriveras près de la rivière,

quand tu arriveras près de la lumière, ancre toi.
Observe.

Observe la lumière des réverbères, la lumière des néons qui crépitent, la lumière de tes paupières closes, fenêtres obturées de ton âme. Observe la lumière qui agonise.
Quand tu seras là, à l'écoute, à l'affût, sois attentif au bruit de l'eau, aux basses sourdes qui rythment le début de cette nuit.
Ecoute. Observe.
Les chiens râlent à l'amorce de la nuit. Un souffle d'air recueille les sons intimes des vies encastrées dans ce dédale labyrinthique .
Sois attentif.
Sois attentif aux pas qui résonnent sur cette passerelle. Sois capté par le reflet de la lune naissante dans les eaux noires qui te murmurent au creux de l'oreille : Reste là, reste ici, ici est à part, ici est ailleurs, ici est nulle part. Ici est un non temps, un temps d'antan révolu, un temps d'aujourd'hui perdu. Egare toi. Encore.
Perds toi.

 

​La nuit est tombée, j'arrive près de la rivière, je te rejoins. Je viens à toi. Tu m'attendais, je suis là. Devant toi.

Tu écrivais, tu observais. J'écris avec toi maintenant. Nos mains s'unissent pour happer ce décor urbain.

Nos mains s'allient pour sentir l'eau qui coule, sa fraîcheur, sa fluidité.Elle défile entre nos doigts. Le temps file lui aussi.
Les chiens aboient, les hommes marchent, la caravane passe. Le temps est sans fin ici maintenant. Tout semble éternel, simple.
Tout semble couler de source.
La nuit est là. La nuit est notre témoin.
Elle nous unit.

Elle nous lie.

Ici.

 

(photo : V. Gayraud)

 

 

 

      LE REGARD DE MARIE      

 

Quand tu arriveras près de la rivière,

tu verras un chat marron qui t'attendra sur la main gauche. SVP ; rendez vous à 18H précise car il n'attendra que 5 minutes : lui, te guidera vers la cinquième maison du troisième bloc situé à droite de l'épicerie du coin.

 

Quand tu arriveras près de la Lumière

Tu verras ce chat marron qui s'arrêtera. Et c'est ici. Ce sera ICI même que nous nous retrouverons : dans cette maison bleue située au sommet du Mont Trenelle.

 

Quand tu arriveras d'un air fier, tu verras, c'est toujours mon chat qui t'installera confortablement et prendra soin de toi. Après une marche méditative de 15 minutes environ, tu apprécieras bien les boissons rafraichissantes et les bon plats préparés juste pour toi, mon invité.

 

Bienvenue chez moi.

Festoie avec moi !   

J'attendais ce moment lumineux et célèbre ta présence. 

 

A ce sujet, quelle est ta demande ? Tu viens ICI, pourquoi ? 

 

La nuit est tombée, j'arrive près de la rivière.

Et je respire, je m'étire, je réalise combien l'infiniment petit devient infiniment vaste : chaque marche m'entraine vers un monde parallèle.

Tout cela, je l'ai vécu dans l'Espace-Temps : un tour du monde possible car le rêve a fait silence quelques instants pour laisser naitre la création : ICI, tout est possible, chacun son habitat, collé-serré, bien implanté, bien ancré, tantôt réchauffé, tantôt rafraichi ?

ICI, j'ai voyagé.

 

 

        LE REGARD DE TIKA              

 

Quand tu arriveras près de la rivière, à Citron

tu trouveras un zeste de verdure, une pincée de voitures,

quelques soupçons d’habitants qui te guetteront,

un morceau de Fort de France sous les néons.

Puis, dans le silence du crépuscule avancé,

tu apercevras la chapelle qui, dans son silence mystique, veille.

S’éveille alors en toi, au rythme évolutif de la nuitée,

du vent, de cette lancinante musique pulsative, l’épopée,

celle, de ceux qui se sont succédés à Citron,

pour bâtir leur maison, devenant maçon un jour, maçon toujours,

artisans de ce quartier que beaucoup citeront chère à Césaire.

Près de la rivière, pleins d’yeux scintillent, curieux de notre présence-mystère.

Des lampadaires aux yeux de chair, chacun observe les inconnus de Citron :

qui sont-ils, d’où viennent-ils, où vont-ils  ces gens à chapeau près du pont ?

Quant à l’eau de la rivière, imperturbable, elle charrie, lave, berce, draine, conserve

telle une bouche qui murmure sans mot un chant :

sons d’histoires passées, de présents abreuvant des futurs qui commencent demain.

 

La nuit est tombée, j’arrive près de la rivière…

Les mêmes yeux m’observent.

Ce que je voyais s’est maintenant vêtu de noir,

comme en deuil du jour, phœnix qui renait de ces nuits.

Les grillons, bètafé, taktak, kabritbwa poursuivent leur sérénade.

Le jour n’est plus, dormant d’un sommeil que seule peut interrompre d’un baiser, la nuit.

Même prier à la chapelle n’y changerait rien, car l’ordre établi ne peut être nuit.

Nuit et jour à jamais se succèdent, meurent, croissent et renaissent, sempiternelles,

entrainant chacun sa cour de fidèles…

Vie/mort, Nuit/Jour : 2 aspects d’une même réalité,

2 aspects d’une même pièce dans laquelle je joue mon rôle.

Alors, à Citron, j’ai vu, marché, me suis souvenue

de ceux qui me sont chers et ne sont plus…

A ma tête est revenue, qu’ici aussi, Fort de France va, vit, devient,

que demain est un autre jour, une autre nuit,

une autre histoire qui s’écrira en blancs… et en noirs.

 

 

        LE REGARD DE FABIENNE C.        

 

Quand tu arriveras prés de la rivière,

ralentis tes pas comme le ciel ralenti sa lumière. Écoute ces nouveaux sons qui remplissent l’espace autour de toi. Des sons et des intensités que ce matin tu laissé autrement derrière toi.

Écoute et regarde, décharge ta journée en ne traversant pas de suite le pont qui t’amène chez toi.

Écoute et regarde les couleurs du soleil sur les façades de ton quartier qui rehaussent en tableaux l’empilement des volumes habités, des volumes décalés sur les strates de la pente vertigineuse sur laquelle s’agrippe aussi une végétation d’arbres à fruits et d’arbres à pain.

Regarde les lunes des réverbères qui tracent dans la nuit qui s’installe les chemins des escaliers que tu vas prendre une énième fois pour rentrer te poser dans la maison de tes aïeuls, toi qui habites tout là-haut où la verte végétation de ton île dégouline sans retenue.

Ecoute les oiseaux qui se taisent pour que les grenouilles chantent ta montée.

Là, vas-y.

Et pense à passer prendre des nouvelles d’André pour en donner à ta mère qui t’a préparé ton souper.

 

La nuit est tombée et j’arrive près de la rivière.

Je regarde, comme me l’a dit Samuel, mon quartier étagé au pied de la rivière.

Je prends le temps d’écouter l’eau qui tombe en cascade des buses de béton maintenant le pont.

Je vois la blancheur de l’écume tapissée la rivière assombrie par la nuit.

Je prends le temps d’écouter les grenouilles tapisser de leur conversation le bleuté profond de la nuit.

Je prends le temps d’entendre les aboiements épars qui m’informent de l’amplitude de mon quartier s’étageant en façades humblement illuminées sur la falaise où elles se sont calées.

Je repère le chemin balisé de réverbère qui me conduisent chez moi.

Je respire à fond le respect silencieux de la nuit en baladant une dernière fois mon regard du sol au ciel sans étoiles de ce soir et je franchis le pont, tout en repérant ma première pause chez André, ce vieil amoureux caché que ma mère a tant aimé.

 

 

 

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