Le gwo pwèl de la mer

Le maire, très fier de son investiture, était loin d’imaginer que cette mer pourrait se transformer en panthère sournoise à l’affût d’une proie. La tête en l’air, le maire se pavanait, serrant les mains, à droite, à gauche, large sourire aux lèvres. Des parterres de fleurs placés ça et là, égayaient de leurs couleurs cette commune du littoral. La mère de monsieur le maire, fière de l’ascension sociale de son protégé de fils, chantait à tue-tête : « Tout la rivyè ka désann an lanmè, la rivyè la kapot ka monté monn balé »

Mais Madame la Mer, mécontente et jalouse d’être ainsi ignorée et mis au ban de la fête, déclencha une tornade qui envahit la ville. Du ciel pleuvaient des poissons volants créant une grande frayeur aux Lorinois qui virent, là, un présage de la fin des temps.

Les murs se mirent à hurler tels des orfraies. Pour la première fois on entendait leurs plaintes enraillées par l’usure du temps. Nous voulons VIVRE ET RIRE ET FLEURIR comme au temps des vents doux !

Amers, les Lorinois se détournèrent de la mer. Nous redescendons sur la terre ferme. Elle est moins capricieuse et dangereuse.

La mer attristée de ne plus entendre le chant des marins, le rire des enfants…

La mer guettant sans espoir les amoureux enlacés, humant sur le sable l’odeur de son iode…

La mer attristée de ne plus entendre les cris de joie des enfants construisant des châteaux de sable…

La mer attristée de ne plus entendre le crissement des pas des marcheurs sur la plage…

La mer attristée de ne plus voir personne écouter le chant de ses vagues…

La mer attristée d’être ainsi ignorée, dépérit de chagrin. Hé oui ! i trapé an gwo pwèl.


Pierrette Présent, 2018

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