Cauchemars en stock !

(La forêt d'Emeraude du Morne Rouge était humide. ce matin-là. La nuit avait plu des cauchemars qui suintaient maintenant des feuilles. Les écrivants en ont cueilli quelques uns. Sous le carbet rouge, épaule contre épaule, ils ont décrit le cauchemar que la foret avait mis sur leur chemin.)

Le cauchemar de Sylvia

ÊTRE BLOQUÉE DANS UN TÉLÉVISEUR

Quelque chose me réveille, sourdement mais avec insistance, le rire étrangement insonore du sorcier mangeur de rêves, de rêves en couleurs, de rêves féeriques, de rêves amoureux, de rêves... Il sonde les tréfonds des êtres pour y puiser leurs peurs irrationnelles.Je me sens aspirée, sensation étrange de flottement presque agréable. Tout à coup, l'aspiration devient violente, tout à l'intérieur de moi se tord, se déforme, se transforme.

Avant d'avoir compris ce qui m'arrivait, je me trouvais enfermée, ENFERMÉE ! Sentiment de panique envahissant chaque fragment de mon être.

Peur sourde et affolante

Respiration haletante, comprimée

Etat de conscience évanescent

Tentatives désespérées

Je me cogne à la recherche d'une issue que je ne trouve pas

Bruit à la fois métallique et vitreux

Je panique

Je suffoque

Eclair de conscience

Respire, contrôle ta peur, chasse–la, fais la sortir de toi

Elle t'empoisonne les sens

Je respire

Quelle est cette lueur que j'aperçois ?

Je marche vers elle, lentement, puis de plus en plus vite, certaine de trouver l'issue. Mais me voilà stoppée en plein élan, aveuglée par la transparence de la paroi.

Je me relève, sonnée et je comprends que je suis à l'intérieur.Je lève les yeux et je le vois de l'autre côté, il affiche un sourire narquois, empli de vicissitudes diaboliques, le sourire du vainqueur ! Je suis comme hébétée.

Soudain, un étrange sentiment de sérénité m'emplit, lui laisser croire à sa victoire. Elle lui appartient.

Me concentrer sur la mienne, sortir, sortir de cette prison dans laquelle j'ai accepté de me laisser aspirer.

Mes yeux se ferment, je suis tranquille.

Le cauchemar de Vincent

NE PLUS POUVOIR BOUGER

Là, je m'éveille. Je tremble, je grelotte, j'étouffe, je geins. Là, allongé, prostré, j'aspire l'air à grandes goulées, j'aspire la nuit qui m'encercle et m'absorbe. Là, je me remémore, je re-visualise, je revis ça... encore. Ça, c'est lui. Lui qui vient chaque nuit. Nuits qui pourrissent mes jours dans l'angoisse qu'il revienne, qu'il revienne encore, qu'il revienne en moi, qu'il revienne dévorer mes nuits, qu'il revienne me cannibaliser, petit à petit, lambeau après lambeau, répétitivement, obstinément, méticuleusement, mathématiquement à petites bouchées cruelles. Lui, c'est ce rêve... Non, ce cauchemar, ce cache noir de vie, ce crachoir d'en nuit, de non-mouvement, cette paralysie progressive, cette rigidité qui me glace et m'étreint, qui m'empêche de me dégager de ce lit glaise qui me colle et me pétrifie d'horreur. Amas de chair inerte, j'observe dans le noir la vie qui se joue de moi et ricane. Je devine la solitude qui m'attend et la pitié des regards alentours. Je devine ça. Je ne bouge pas. J'attends. J'attends la clarté qui ne vient pas. J'attends la délivrance. Peut-elle venir ?

Le cauchemar d'Emmanuelle

déraper sur le beurre d'un croissant de lune

Je marche sur un fil, un fil invisible, souple et solide. Je suis seule, au milieu du néant, obscur, mais en même temps j'y vois parfaitement. Seule, mais il y a autour de moi mes enfants redevenus petits et une multitude d'inconnus.

J'ai faim, j'ai soif, ma bouche est âpre, mais je sais qu'au bout du chemin, je vais pouvoir mordre à pleines dents dans le croissant, le croissant de lune !

Je sais qu'il sera fondant, parfumé, nourrissant et aérien, plein et mousseux. Parfait. Très légèrement tiède, satisfaisant à tous mes besoins.

Je vais mordre à pleines dents, puis je m'allongerai sur le hamac scintillant, opalescent et blond.

La marche devient plus difficile, car la corde monte...je glisse en arrière et je n'ai rien pour me retenir. Je me retrouve à genoux. Mes genoux agrippent la corde. Je rampe et je grimpe, me hisse…

Mais peu à peu, la corde devient gluante, visqueuse. Elle exhale une odeur que je reconnais, une odeur du matin, liée à la nourriture, aux tartines…

Elle est pleine de beurre !!

Pourtant, j'avance quand même sur cette grotte de plus en plus épaisse, ramollie par le beurre, je glisse.

J'ai faim.

La lune si étincelante et nette devient vaseuse, trouble devant mes yeux. J'arrive enfin. Je veux la saisir pour la mordre ...mais mes mains s'enfoncent dans une pâte molle.

Je mords.

Pouah ! C'est écœurant ! Trop de beurre dans le croissant de lune !

Le cauchemar de Gilberte

NE PLUS RETROUVER SON CHEMIN

Retrouver mon chemin ! Je veux bien. Mais ce chemin, comment le retrouver si je ne sais pas comment il est ? ni… ce qu’il est ? Chemin de vie ? Chemin de vérité ? Je ne sais pas ! Je ne connais pas sa forme. Je ne sais pas comment il se présente.

Il n’a pas d’odeur, il ne fait pas de bruit. Je tourne en rond, même en carré, voire en triangle. Mais toujours point de chemin. Serait-ce ma faute si je n’ai pas été aussi futée que Poucet avec ses cailloux blancs ?

Mais il est là, ce chemin. On me le certifie, encore et encore. Il faut que je le retrouve. C’est une question de vie ou de mort. Alors je le cherche. Oui, je le cherche. Passent les minutes, passent les heures, passent les jours, passent les années, passent les siècles. Telle ma sœur Anne je ne vois rien, rien, toujours rien. Toujours rien, si ce n’est des arbres et des arbres qui poussent à n’en plus finir dans cette forêt de malheur que j’ai voulu visiter un soir de pleine lune.

Mais chose étrange ! il fait noir, il fait si noir. Une nuit noire qui enveloppe tout. Et déjà les ombres du passé tournent autour de moi. Diables et diablesses, zombis et soukounian s’y mettent aussi, obstruant toute infime clarté pouvant indiquer ce chemin. Des horribles cris se font entendre. C’est l’angoisse, la frayeur, la panique qui m’étreignent.

Plus que jamais, il me faut le retrouver ce chemin. Faire abstraction de tout peut-être, et le retrouver ainsi. C’est dur de ne pas retrouver son chemin. C’est cruel ! j’en faisais la triste expérience.

Et soudain ! De l’eau plein le visage. Et, cette voix bien réelle peut-être même rassurante : "Ki chimen sa ou la ka chèché ? Lévé !" Très surprise je ne sais que répondre… Je n’ai toujours pas retrouvé le chemin.

Le cauchemar de Marie

SE RETROUVER DEVANT UNE PAGE BLANCHE DÉJÀ ÉCRITE

Mwen tann Zonbi baré manman mwen

Mwen tann di sété lan nwit an mè

I blotjé-i, i rédi-y

Paré pou bay la vi

An pulsion an foli chimen mwen ?

Mwen tann Zonbi té ja pasé

Kou ta la, sé djablès ka kontwolé

I paré , i rété

Touvé i mérité

Ba an koudpous , pousé-y fè sosiyé

Mwen tann Zonbi palé atjelman

Tchè-y ka chèché an médikaman

Sèl rimèd pou djéri

Atoumo, soulié zonbi

Ek siwo lanmou a linivè

Mwen tann Zonbi pati nanm djéri

Mwen tann Zonbi pati nanm djéri

Pas lanmou sé awmoni

Pas lanmou-a béni

Pas ja mété lan men-y asou mwen

Kalmos

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