Lettre de Nyambe Aka, marronne. 1737

Chère Fatou,

Nous avons fui la Mauny, sans menm gadey tchiiip ! Nous avons tourné, détourné, cherché le creux le plus fond du morne jusqu’à ce que se taisent les aboiements des chiens. Nous nous sommes serrés, terrés, longtemps…

Au matin, puis au matin suivant et encore tous les autres matins après, nous avons appris à repérer le manioc parmi les raziés, le yanm-bwa derrière la falaise, l’eau grâce aux mahoganys. Vivre en soi avec la nature comme seul métwès.

Nous avons allumé un feu, un soir, dans lequel nous avons jeté l’estravay, notre mort-vivante. Alors la mémoire qui dormait s’est réveillée, elle s’est étirée comme un chat qui réclame, tranquille, sa gamelle. Et les noms-manman sont revenus. Sonores, lourds, leur musique a frappé nos oreilles et a forcé nos langues. Je me suis nommée : Nyambe Aka. C’est mon nom. Mais j’ai pleuré de ne plus m’y reconnaître et d’être toujours plus Joséphine. Et toi Fatou, te reconnais-tu dans ce nom ou dois-je toujours t’appeler Lucie ?

Nyambe Aka

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