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  >>>  trace 9. Voyons voir. Samedi 18 mars 2017 - Bourg de Sainte-Luce

Si tu étais une époque...

Certains seraient la belle époque, les années folles (juste pour le nom), les temps premiers… D’autres auraient simplement aspiré à être hier ou encore à l’époque de leurs 28 ans…

Et nous tous -qui belle, qui folle, qui ceci ou cela- on pensait qu’on allait en faire notre affaire au Temps, le remonter comme une pendule, le vivre à fond, révéler ses prophéties… Mais c’est lui qui s’est joué de nous. Le temps qui passe, c’était le thème ; pas le temps qu’il fait… Or il faisait un temps de manicou qui pisse ce matin quand nous avons pris la route qui descendait au bourg de Sainte-Luce.

Et plus la route avançait, plus la vessie du ciel tombait sur nos têtes. Presbytère en vue ! On s’y réfugie pour écrire nos affaires. Isabelle sort un pendule et soudain se fige « C’est peut-être pas très catholique de faire ce que l’on va faire dans la Maison du Grand Monsieur ? » En l’occurrence : sortir une consigne d’écriture «Le passé c'est comme...», poser des bandes de papier sur le sol, sortir un pendule et demander à une main innocente de le placer au dessus des bandes pour voir sur laquelle il allait s’arrêter : «une imprimante 3 D», «un iphone 15 sur vibreur» ou «un satellite sur la place du marché» ? Une chorale chante à tue-tête sur clavier sur-aiguisé. Parfait : on ne nous entend pas blasphémer... Mais on ne s'entend plus écrire non plus !

 

Le Seigneur a eu pitié de nous pauvres pêcheurs, il a ouvert une voie soi-disant impénétrable pour laisser passer le soleil. L’avenir nous attendait, plus loin, sous un carbet près du stade. Parmi les cartes tirées, le pape, la papesse, le pendu, l’as de quelque chose, la maison-dieu, le jugement… Le destin était sombre, le destin était clair. Un destin à écrire.                                       

Imaginaire ou désiré, qu'importe !

L’atelier d’écriture, c’est aller à la rencontre de soi. A la rencontre d’un qui nous attend au bout d’une ligne, d’une page, masqué derrière un personnage, planqué derrière un mot… Bouh ! Même pas peur ! On écrit sur les autres, on écrit sur des trucs anodins, rigolos ou bizarres…  Mais au final, c’est de soi que l’on parle. Au moins un peu.

On écrit pour s’évader et c’est en soi que l’on se retrouve. On écrit pour ouvrir une porte et ce sont des vannes qui s’ouvrent, qui libèrent une émotion au compte-goutte ou comme un manicou qui pisse depuis nanninannan.

conte, rendu by manzelKa

Cet atelier explore les 3 dimensions du temps : le passé, le présent et le futur. Écrire sur le passé avec des mots qui évoquent le futur ; écrire sur un présent en décomposant le passé et imaginer ce que pourrait être un futur dans la continuité de tous les temps.

Isabelle Kanor

extraits des œuvres lues pendant la trace

Jamaica Kincaid, VOYONS VOIR, 2016

Saint-Jean, L'APOCALYPSE

Iléus Papillon, L'ATTENTE (poème)

Evelyne Trouillot, TRACES (poème)

Léon-Gontran Damas, PIGMENTS (poème)

Fabienne Kanor, JE NE SUIS PAS UN HOMME QUI PLEURE, 2016

Aimé Césaire, CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL, 1956

avec Tika, Manuella Marie-France, René Vincent, Fabienne Christine...

 

Tracer une mémoire pour redonner l’espoir.
Tant donner... Tant prêter... Tan fè tan.
Le passé joue aux dés de ma vie. De mon En-vie.
Délaisse le positif de mes années en trois coups.
J’ai mis une page neuve comme après, après-demain. Bourrage papier.
Je chante pour que m’arrive une page blanche. Bourrage papier.
Désir d’être, somme de tous ceux qui ont rêvé de leur avenir à l’encre sympathique.
Je sèche.
Archéologie des sensations, maquette des sensations du souvenir  ; il est là, bien là, presque là.
Toucher le fond, cela  a du bon ; on ne peut être au même moment au fond de la bouteille et à la tenir. Un jour cul sec, un jour bien trop dilué. Sensations du souvenir, il file entre nos mains, spiritueux – Au Rhum Citoyens ! – spirituel – qu’un feu très pur abreuve nos sillons.
Tan fè tan...
Balances enivrantes.
Tan kité tan...
Alchimie bonne à boire. Autre que ce présent ossements. Au secours !
Vision du présent au présent, parfait inconnu de son passé. Plus de choix possible, le futur se relève. Mantjé tonbé, sé bel pa.
Tak pitak ! Alé viré, bèlè vivant. Tak pi tak pitak !
Belle heure pour balancer mon heure et danser avec les morts. Sé pasé ka vancé. Tantôt doubout, tantôt à genoux. Tak pi tak !
Paroles du mouvement, un geste de la main.
                                                    

SAUTONS
               DANS
                        L’INCONNU

Dans le présent, tchek ! Dans le passé, tchek !
Une carte à la main – pape, impératrice, maison Dieu – sonjé si Dié si vlé.

Il n’y a pas de hasard avec ce fichu pendu !
C’est la règle du jeu, force et choses cachées.
Toudous, à la dous, à chacun sa propre voie. Oh, que vois-je ?
Dépenser sans compter, donner, donner.
Toi, Femme, ouvre tes bras. Donner. Quitte à jamais ce passé qui n’est pas ton passé, temps du jugement.
Je sais ton destin, laisse-toi porter par le petit matin.
Rien n’est lisse. Il n’y a que mystère. Et tempérance.


VA
     VIS
           et DEVIENS

Grandir en s’élevant.
Enterrer ou aérer le passé, partir du néant.
Repeindre un passé, un temps inattendu
Zip zap  ! Échappées qui se font la belle, écho à cet aujourd’hui, hier était beau.
Schwaaaaah ! Plonger la tête sous l’eau. Ne plus rien entendre, l’odeur du silence haute, épaisse, soyeuse.
Cet A-venir déjà présent ancré... Schwaaaaaah ! Il émergera sur d’hypothétiques routes.

Fais danser les tambours, les strates, les mémoires !
Le temps kaléidoscope d’immortels futurs...
Hier était beau.

Pendant les restitutions, Isabelle a attrapé à la volée des phrases de chacun.

Sans mots ni sucres ajoutés, elle les a compilées et ça donne le

le Texte de l'atelier

animatrices

Isabelle Kanor

Véronique Kanor

conceptrice

Isabelle Kanor

Le Labo des Lettres

avec l'aide de Fabienne Kanor