>>>  trace 40  Rythm'n'Ka à la forêt Montravail - dimanche 14 février 2021

MY BUTTON
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Si tu étais

un instrument de musique ?

 

Je serais Violon. Corps ! Pieds ! Cythare parce que "si, tard". Saxophone. Harmonica, le blues dans une poche ! Je serais Cora.

Je serais un instrument qui joue avec la pluie. Peut-être un bâton de pluie, mais avec de la vraie pluie. Je serai Violon, aussi.

Et c'est ainsi, en orchestre magnifique,

avec Djaka, son tambour ka, son ngoni et sa sanza,

que nous entrons dans le vert de la forêt Montravail.

En fait, nous n'y entrons pas. Pas encore. Il pleut comme une mangouste qui pisse sa race. Sous un carbet, face au vert trempé, nous nous demandons comment nous allons faire. A coté de nous, un père et sa fille attendent des invités pour un anniversaire. Sous un autre carbet, un homme est allongé sur une table. Depuis 5h du matin, il est là. "Je réserve la place pour un ami qui veut faire une demande en mariage surprise". Aujourd'hui, c'est aussi jour d'amour. Jour pluvieux, amour heureux ?

Des participants  appellent pour annuler. "Vu le temps" prétextent-ils. Comment ça : "vu le temps" ? Pleuvoir n'est pas un crime ! Et, par expérience, nous savons combien ces traces en pleine nature sont magiques. Quand la pluie s'en mêle, il y a quelque chose de l'enfance qui surgit. Patauger dans la boue, tirer la langue pour boire le ciel à pleine bouche, sentir sa peau ruisseler, ses encres redevenir eau, faire corps avec un paysage... Des plaisirs naturels refont surface. C'est si bon ! Lors de la dernière trace au Morne Vert, la pluie nous a surprises à mi-parcours. Elle a tambouriné nos peaux et dilué nos mots dans de grands éclats de rire. Une des meilleures traces ! Lapli anba bwa sé kon lapli si tòl ! Sylvia tempère mon euphorie : "euh, pas pour moi ! J'aime pas la boue, je suis une urbaine". L'exception qui confirme, donc, ma théorie !

Flap-flap, nous réorganisons l'atelier et décidons de commencer sous l'abri. On tracera dès qu'il y aura un wouspèl.

Sous le carbet où l'amour attend, Djaka lâche son tambour ka. Nous le rejoignons, capuche vissée sur nos têtes. Berthe ferme les yeux. Elle cherche à entendre l'histoire que raconte la peau tendue, battue à vie. Tour à tour, chacune devient tambour. Les mots ricochent sur la peau de cabri. Ladja de mots, frénésie des pieds et envolée de mains. Hermence amorce une montée au tambour. Yasmine, les yeux dans les yeux de Djaka, le met au défi de suivre son flow. On dirait que le ciel nous écoute. Le tambour appelle ! La pluie bat la mesure. Elle fait des claquettes. Quand le tambour se tait, la pluie fait silence et les nuages filent à Miklon. Sous un ciel dégagé, nous entrons dans un bout de forêt.

Des couleurs intenses éclaboussent mon regard. Vert, bois, eau. La peau des arbres est humide et douce. Même les branches mortes semblent renaitre à la vie. La nature est un tambour, capable de faire "lévé on nonm ki té mò 2 fwa" ! En chemin, nous croisons une mère et sa fille. Elles essaient désespérément de faire partir un feu pour le repas. La mère voulait le faire à l'ancienne. "Mais le bois est mouillé. Ça prend pas. Du coup, mon mari est parti acheter des cubes allume-feu." En attendant la modernité, aidée de Djaka qui appelle le feu du bout des doigts, Carole s'empare de l'affaire, attrape une bouteille d'huile, imbibe un kleenex, réorganise les brindilles et fait renaitre un feu qui était mort 2 fois ! Carole, c'est un tambour aussi !

Et nous chantons nos mots sous la baguette d'Isabelle, mofwazée cheffe d'orchestre. En choeur, en solo, avec coeur, en ka et encore, nous chantons. Chacune de nous a traversé des forêts intimes. Chacune a écorché son âme, écopé ses peines, écorcé son coeur. Chacune a construit des cabanes, des refuges contre les pluies griffeuses. Chacune a tracé des sentiers secrets, découvert ses ombres et ses lumières. Trébucher, se relever, mantjé tonbé sé bèl pa. Et toujours avancer. D'impasses en voies dégagées, de sentiers épineux en sources vives, nous avons traversé les chemins de la vie. Sur la peau, des cicatrices et des traces de baisers. La matière de l'amour. Ça va, ca vient, c'est la vie conclut Hermence face à la rivière, les yeux tournés vers son intime. .

Nous remontrons la forêt en vidé, la peau frappée de mots neufs. Le soleil retrouvera une place dans le ciel. Sous le carbet de l'amour, une femme dira oui. Plus loin, une petite fille fera un voeu avant de souffler ses bougies.

Et mon coeur cherche son rythme.

Conte, rendu by manzelKa

avec

Hermence

Sylvia

Béatrice

Carole 

Mariame

en coup de vent

Yasmine

Christine

et Berthe

AU TAMBOUR KA

au ngoni et à la sanza :

DJAKA

 

animatrices :

Véronique et Isabelle Kanor

BIBLIOGRAPHIE

extraits des œuvres lues

Eugène Mona

TANBOU SÉRIÉ (chanson)

dans l'album Témoignage. Hibiscus records 2006

Kerline Devise, UN CHANT COULE DANS NOS VEINES

Anthologie de poésie haïtienne contemporaine

Ed. Points 2015. P. 356

Ce que nous n'avons pas pu vous lire :

Malik Duranty

PWÉZI MOFWAZ - Auto-édition 2013

 

Aimé Césaire

CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL

Ed. Présence Africaine 1947

Leon-Gontran Damas

ILS SONT VENUS CE SOIR (in Pigments)

Ed. Présence Africaine 1972