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 >>>  2020 / trace 28. Masques démasqués - dimanche 6 septembre - Grand-Rivière

Si tu étais caché quelque part ?

 

Je me cacherais derrière mon ombre, dans la poche d'un kangourou, sous une roche, derrière le soleil pour l'avoir toujours en face...

La caméra de Martinique la Première nous a trouvées, regroupées sous le carbet, dans notre drôle de cérémonie d'ouverture. Isabelle pose la question rituelle "Si j'étais..." L'une après l'autre, les participantes sortent de leur cachette. Coupé ! Faut la refaire ! Isabelle recommence sans broncher. Hormis Florence, tout le monde s'approche avec bonheur du micro. C'est fou comme on aime, en fait, vivre sous les lumières ! Faut-il, pour être heureux, vivre dé-caché ?

On traine, on prend du retard, on tourne en rond, on se perd... la présence de l'espion derrière son objectif me perturbe mais ça fait du bien, aussi, d'être déroutée. C'est par où déjà le chemin ? Mes notes de repérage ne correspondent plus à la réalité comme si, pendant la nuit, un p'tit malin avait changé les rues de place et en avait caché d'autres. Il y a des odeurs de poulet, de côtes de porc, de joie et de familles... qui courent dans les wèt du bourg. C'est marrant, mais ça rend tout le monde heureux. A moins que ce ne soit l'effet magique de la télé qui fait de Grand-Rivière, soudain, un décor de cinéma, une séquence dont nous serions, nous les écrivantes, les héroïnes. 

Assises devant des façades en trompe-l'oeil, on devient scénariste,  madame Irma, voyant, voyeur... en imaginant et en écrivant tout ce qui se passe derrière ces volets trompeurs. Il semblerait qu'il y ait un secret. Mais après la lecture des textes, le secret est resté bien gardé.

N'ayant pas eu son scoop, la télé a foukan A moins que ce ne soit la perspective de monter-raide vers la Vierge des Marins qui lui a fait perdre foi... Nous, nous continuons là-haut, les yeux bandés, vraiment bandés. Nous avançons à tâtons sur un chemin que Paki, l'adjoint au maire, a fait nettoyer spécialement pour nous. Au pied de la Vierge désolée, s'étale le paradis. Et si ce n'était qu'une carte postale qui masque l'enfer ? Pas facile de décrire l'enfer quand le vent des hauteurs souffle la paix et n'inspire qu'amour et grâce... Dans l'herbe fraichement débroussaillée, il n'y a même plus de rumeur de bête-longue pour nous aider à écrire le pire des châtiments qui aurait frappé les habitants à la damnation d'une beauté perpétuelle !

Si les paysages ne sont pas ce qu'ils sont, si derrière les volets, il n'y a que des mensonges... alors il ne nous reste plus qu'à se fabriquer une identité, à se masquer derrière ce que l'on voudrait être, derrière ce que les autres disent de nous, et devenir une roche qui coule, un cabri en harmony, un rocher qui flotte, une chandelle qui illumine, un horizon essoufflé, des alizés malélivés, une eau bavarde et oratrice, insaisissable, précieuse, farouche et tendre. Ou devenir une herbe folle qui plisse en feuille.

Derrière chaque masque, une vérité rêvée.

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Conte, rendu by manzelKa

avec Pierrette, Céline

Florence, Hermence

Emmanuelle

Marlène, Myriam

et Sébastien

Merci à Paki et à la commune de

Grand-Rivière pour son lyannaj logistique

et ses postiv' vibes.

Merci à la sista Fabienne Kanor pour la prépa

et les good-good vibes aussi beaucoup !

 

extraits des œuvres lues pendant la trace

Alfred Alexandre - BORD DE CANAL, Ed. Serpent à plumes 2004

Edouard Glissant - L'INTENTION POÉTIQUE

Derek Walcott - LE ROYAUME DU FRUIT ÉTOILE, 1979

Jean-Armoce Dugé - LE SOLEIL EST TROP SEUL, in Anthologie de la nouvelle poésie haïtienne.

Xavier Orville - COEUR A VIE, Ed. Stock 1993

Aimé Césaire - MAILLON DE LA CADÈNE, in Cadastre, Ed. Points 1961

Raphael Confiant - L'HOTEL DU BON PLAISIR, 2009

animatrices

Isabelle Kanor

Véronique Kanor

conceptrice

Isabelle Kanor

Le Labo des Lettres