>>>  2020 / trace 26. Clair-obscur vendredi 4 septembre - Quartiers Citron et Debriant

Si tu étais entre chien et loup ?

 

Je serais un chien et demi... je serais une chatte... un manicou... un arbre merveilleux... je serais loup... je serais bien emmerdée !

Ce samedi, à Citron, ce sont tous ces entre-deux qui ont pris la route, place de la cascade !

2020 ! Après une année bizarre, suspendue, covidée, confinée, nous  reprennons les routes de l'écriture. 2020 bascule et nous marchons dans le jour qui chancelle, qui flanche et puis qui tombe.

Un journaliste radio de Martinique Première nous talonne. Micro à la main, souliers de ville pointues aux pieds, il déambule parmi nous. A-t-il oublié qu'après les tours et les détours dans Citron, nous aurons mille marches à monter ? Dans quel état sera sa chemise manches longues et son pantalon en lin blanc ? C'est la question qui me taraude, au lieu de laisser mon regard détailler les différentes nuances de sombres qui colorent la fin du jour. Comme quoi, la nature humaine, masculine plus précisément, ne cessera jamais de me mettre en tracas.

En bas de l'église, la rivière nous attend. La nuit se lève en bigoudis, baille à grands soupirs de noirs. Un silence de kabribwa, de glouglou et de grenouilles s'élève. Sur le rond-point, près de la rivière, nous noircissons nos premières pages.

Et maintenant les mille marches. A monter bravement. La sueur et la beauté se mélangent. Fort-de-France, chat noir aux yeux scintillants, s'étale en majesté. Le jour est mort et c'est tant mieux pour nous. Tant pis pour lui. Par terre, les contours de son cadavre dessiné à la craie. On ne me fera pas croire que personne n'a rien vu, rien entendu de l'agonie du jour. Cette mort n'est pas naturelle. La Nuit est une assassine. Tout le monde le sait mais impossible de l'accuser sans preuves et sa garde à vue s'arrêtera aux premières heures du matin. Pas de temps à perdre. A la barre improvisée sur une terrasse désaffectée surplombant le noir, les témoins se succèdent : le Rêve, la Fête, le Commencement, la Chouette, l'Amour, Mr Bère (de son prénom Révère), Miss Filante Etoile. Mais tous les témoignages innocentent la Nuit. Les témoins seraient-ils manipulés ? Sous influence ? Corrompus ? Voire même complices ? Le juge accuse certains de  parjure et soupçonne Miss Filante d'avoir des liens troubles avec l'accusée. Devant l'absence de preuves, le procès est reporté au lendemain soir.

Quelqu'un demande "Où est le journaliste ?" Je me retourne. Disparu. Ce sont peut-être les milles-marches qui ont eu sa peau. Ou la Nuit. Ça fera l'objet d'une autre enquête.

Avant de redescendre vers la rivière, nous plongeons au plus profond du noir. La peau collée au ciel, nous essayons d'apercevoir les ombres-lumières qui peuplent notre grand trou noir. Un voisin, Roland, se joint à nous. Il regarde le ciel longtemps, longtemps, très longtemps avant d'écrire :

dans mon trou noir

les nuages sont sombres

et le ciel est fade

Son ciel est fade... Mais quel plaisir de voir dans ses yeux mille étoiles briller et un chat taquin roder d'une pupille à l'autre !

Conte, rendu by manzelKa

avec Céline, Nicole,

Christine, Marlène, Marie-Annick, Emmanuelle,

Philippe, Fabienne,

un passant Roland...

 

extraits des œuvres lues pendant la trace

Derek Walcott - OCEANO NOX in La lumière du monde, Circé 1987

Véronique Kanor - COMBIEN DE SOLITUDES, Présence Africaine 2011

Léon-Gontran Damas - IL EST DES NUITS in Pigments, Présence Africaine 2001

animatrices

Isabelle Kanor

Véronique Kanor

conceptrice

Isabelle Kanor

Le Labo des Lettres