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Comment recréer un ailleurs suggéré ? Cet atelier explore le phénomène de l'attente, fouille dans les valises et s'appuye sur une figure-clé de revenant : le Prophète (nul en son pays !) Isabelle Kanor

avec Marie, Sylvia de Kanakie, Marie-Line, Lilie, Véronique A., Marie-France, Michel,

Pierrette, Sylvia, Tika

la petite Noa, Gilberte

 

extraits des œuvres lues pendant la trace

Aimé Césaire, CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL (Présence Africaine 1947)

Edouard Glissant, TRAITÉ DU TOUT-MONDE (Gallimard 1997)

Danny Laferrière, L'ENIGME DU RETOUR (Grasset 2006)

et les poésies d'Haïti Chérie publiées dans :

Anthologie de la poésie Haïtienne contemporaine (Points, 2015)

Iléus Papillon, L'ATTENTE

Louis-Philippe Dalembert, VOYAGE

Fred Edson Lafortune, TU REVIENS

Si nous devions revenir de quelque part…

... certains seraient revenus de leurs vingt ans, d'un endroit sombre, d'un passé pour comprendre le présent, d'autres de la lumière infinie, d'une diaspora pleine d'enchantements, d'un long parcours initiatique, d'une année remplie d'émotions... Moi, faute d'imagination, je ne serais revenue que de Barbès-Rochechouart. Quelque soit l'endroit, nous étions 11 à en être revenus, ce samedi, devant l'entrée C de l'aéroport Aimé Césaire.

L'aéroport est devenu cette place publique où se croisent des mouvements contraires, où s'empilent des attentes, où surgissent des Untels pas vus depuis nanninan. On dit qu'il est petit cet aérogare de Martinique... Pourtant, sans mettre les pieds dehors, nous l'avant arpenté pendant 3 heures, le temps somme toute qu'il faut pour regarder les valises qui attendaient ici, les passagers qui revenaient... d'où ? Celui-ci  d'Italie, cet autre-là de Sainte-Lucie. Il y avait des familles, des couples, des touts-seuls qui sont devenus des matières à écrire.

Mais le revenant le plus attendu... c'était la Traaace ! Après la saison 1, l'année dernière, vous étiez nombreux à nous demander "Vous revenez quand ?" Nous-mêmes étions heureuses de revenir en Martinique, sur les chemins de l'écriture, retrouver de vieux  compagnons de route et grossir les rangs de nouvelles énergies.

Et nous saluons la Kanakie ! en la personne de Sylvia, posée en péyi-la pour 1 mois. Et Michel de Gwada ! lui aussi revenu ! Et Marie qui avait entendu l'info le matin même sur RFO* et avait sauté de son lit pour ne pas rater le retour. Et nous saluons l'enfance ! avec la toute petite Noa au bic vraiment magique. A peine 8 ans, déjà grande poétesse et participant toute seule sans papa ni manman ! Et nous saluons aussi tous les autres belmoun sortis du bois pour remplir leurs valises de poésie long courrier et de mots-horizons !

Conte, rendu by manzelKa

* Oui, je sais, ce n'est plus RFO, ni même  RadioMartinique, ni plus Martinique Première ... mais Martinique La 1ère ! Je sais, je sais... mais j'aime être ringarde !

Pour sa bienveillance et son accueil, grand merci à l'équipe de la SAMAC !

 

 

Merci à Mme Augustin-Constantin, l'artisanne lumineuse de cet accueil !

en charge, entre autres, de la gestion et de l’exploitation

des installations commerciales de l’aéroport.

animatrices

Isabelle Kanor

Véronique Kanor

conceptrice

Isabelle Kanor

Le Labo des Lettres

LE TEXTE DE L'ATELIER

Saisi sur le vif par Isabelle pendant que les écrivants lisaient leurs textes, voici celui de l'atelier composé uniquement de bribes des  phrases glanées

Rongé par l'angoisse du départ : attente, carrelage usé de long en large, valises-désir, errance intérieure, embarquement sans fuites. L'attente à toutes ces invitations de voyages : on ne laisse rien derrière soi. Celui qui revient, pas de foule, l'Europe a cofinancé leur âme.

En face de moi : 9h17. Épisode heureux. C'est ici. !

9h57, plus loin. Téléphone métal glacé qui sent le rush. Vigipirate, méfiance. Il me veut. Non-obsession, non-envie. Nul plaisir. Son cœur se calme. Prendre son envol au pays de ses rêves d'enfance. Un monde meilleur annoncé sur les panneaux lumineux bloqués. Gourmandise ! Désir ! Audace ! Pourquoi ne pas rester ? Pleurer sans plus se retourner avant de partir. Panneaux d'affichage, panneaux à consommer, bornes limites, obligations, silence assourdissant. Pointes de verdure emportée. Guichets vides, bagages serrés comme les hommes. Absence. Présence.

Attendez ici !

Bagages phagocytés, espoirs d'un futur en liberté.

S'arrêter.

Faire ce grand bond  solitaire.

Attendez ici ! Attendez SVP ? Je ne sais plus...

Regard vide, un vide permanent. Grise mine.

 

Voyager ? Le peut-il vraiment ?

Madame, monsieur. Madame : ligne mannequin malgré les années. Monsieur : tire le bagage-cabine. "Pourquoi revenir ? Tu es revenu, tu peux partir et revenir." Sortie et fin de vol d'un pas rythmé. Où il va ?  Je suis là avec vous. Je ne me sens chez moi nulle part. Seule m'importe la destination. J'ai hâte d'arriver, rempli d'histoires, pour son retour où tout peut recommencer. Écouter battre le cœur.

10h10. Foulard autour du cou. 972, point d'attachement. D'où viennent-ils vraiment ? Ils attendent, ils s'aventurent et je ne sais quoi encore. Ils partent à gauche, puis à droite, se suivent à distance parfaite. Ils se disent, ils échangent : "Nous avons grandi ça et là. Et notre envol ? Quel miracle ? " Jouir en Martinique ! L'île toute entière s'accorde : bienvenue à l'aéroport Aimé Césaire !

"Veuillez à ne laissez aucun bagage !" Je n'ai qu'un seul bagage !

Des bagages, elle n'en a plus. Personne ne l'attend...

Des visages s'illuminent. Retrouver les siens, une île sur laquelle on passe et on repasse. Et je passe et je repasse à la recherche de ce battement. Je la vis, en laisse une partie et j'emporte une parole, le sourire aux lèvres, masque d'Afrique. Vivre l'instant présent. L'énigme des revenants aux yeux bleus. Mer. Clichés.

La fillette attend paisiblement. Mais pour quels horizons ? Le plaisir de la bouche, les saveurs du pays, une saveur de plus, la joie, l'embouchure du fleuve, la construction du bonheur, des pas de l'au-delà, du si et si seulement si et si, si ! Quelles éternités ?

Tu  commences ton voyage vers le meilleur, l'adéquation de l'ici et de l'ailleurs. L'équilibre s'impose. Souviens-toi de Michel ! Cocktail d'endomorphines ! Sa chaleur est réconfortante. Je te parlerai de John : méditation, passion, enrichissement ! Aventure humaine, variation, harmonie, rythme, chaleur positive ! Seigneur ! Cette rencontre animale, quelle révélation ! Mais souvent on se perd. Rien n'est rectiligne... Je ne souhaitais que partir. Partir dans sa tête.  Nous nous sommes beaucoup aimés, sans attache, sans aucune chaine. L'harmonie de la campagne donnait une mélodie magnifique. Ce n'est qu'un rêve ! pars ! N'oublie pas de rentrer. Ce n'est qu'un rêve.