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  >>>  trace 14. Adieu foulards. Dimanche 30 avril 2017 - Vauclin

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Cet atelier explore la notion de déplacement, de voyage aussi bien extérieur qu'intérieur. Isabelle Kanor

Si nous étions des terres d'asile…

... chacun d'entre nous aurions enrichi le monde de pays appelés Cratère volcanique, Manman, Philippe, Mes-pieds, Mon-corps, Ventre-de-la-terre, Nid-d'oiseau "parce que c'est rond, doux et protecteur" ajoute Sophie...

Et c'est ainsi que nous décollons de l'aéroport international du Vauclin (celui qui est entre le marché couvert et le "8 à huit").

 

Nos pieds sont des ailes à réaction. Vroum vroum à travers les rues du Vauclin, nous survolons le quotidien, les habitudes, les routines. A gauche, le cimetières avec ses morts habitués à vivre comme des morts. Plus loin, un chien qui aboie, c'est sa routine. On coupe par le petit sentier qui monte de Monsieur Gros-Désormeaux. Le bonhomme arrose ses plantes, comme chaque dimanche. On le laisse derrière nous bougonner "C'est un chemin privé !". Jackie lui donne 2-4 paroles pour le douciner. Au bout des escaliers privés de Gros-Désormeaux, l'église et ses fidèles assemblés pour la messe du dimanche. "Adieu Mr l'abbé ! Nous laissons derrière nous tout un tas de trucs -et vous en faites peut-être aussi partie. Nous partons !"

Fabienne nous attend en combinaison de tigresse derrière le volant de son bolide. Embarquement immédiat pour Macabou, pour vos macabouts du monde !

Le goudron devient terre. Puis la terre devient boue. Puis la boue devient flaques immenses. Le minibus et Fabienne bugguent devant le gué. L'eau qui traverse en courant se donne des airs de torrent. On fait quoi ? Qui a organisé ?

Fabienne tente de contourner en faisant passer sa machine par un talus. Dans le rétro, je vois la cata arriver : tout ça va se renverser boudoum avec sa cargaison de 12 gars et gos qui, en se levant le matin, voulaient juste l'aventure du bic. Pas la mort dans le bac ! Panique à bord ! Qu'est-ce qu'on va dire aux familles ? Et à la DAC qui nous subventionne ? Et au monde entier qui nous regarde ? !! Tout le monde descend ! "C'est loin à pied ?" Malgré tout, pour Isabelle et moi -qui précédons le convoi en voiture- il est hors de question de finir à pied. Tout le monde remonte ! Et le minibus brinquebalant, affolé, récupère sa marchandise. La forêt nous attend.

L'inattendu, l'imprévu... c'est le pigment de la vie, n'est-ce-pas ?

Awa ! Pas quand on est celui qui a organisé et que, dans la nuit, la forêt a fait surgir des ruisseaux là où la veille encore il y avait le chemin que l'on devait emprunter. Ca, c'est l'angoisse. re-On fait quoi ?

On a fini par le faire, par faire un quoi, parce qu'au final, on est des chats et on retombe toujours sur nos pages, dans un pays où les mots ne viennent pas forcément. Et, pour être sûrs de retrouver notre chemin... être sûrs que d'autres  retrouvent nos traces, nous semons des petits mots sur des petits papiers blancs.

Par le hublot de nos yeux, le paysage est magnifique. La petite chapelle fouettée par le vent, le camaïeu  de bleus qui teinte la mer et le ciel, la côte découpée, les galets sous les pieds, ce bras d'eau à enjamber, les chevaux croisés, l'étang Massel qui surgit sans bruit et immobile, le vent, le vent, le vent...

Les yeux bandés fermés, nous faisons voyager un galet sous notre peau. Il devient jaune quand il arrive au ventre, mauve quand il touche le coeur, bleu quand il descend dans nos narines. La voix d'Isabelle nous emmène d'un bout à l'autre de notre corps. Je ne savais pas que c'était si grand sous ma peau ! On dirait que mon corps a perdu ses frontières... Et si je restais là, sans plus bouger. Et si  nous refusions d'ouvrir les yeux quand Isabelle nous le demandera, est-ce que nous deviendrons le galet serré dans nos mains ou trouverons nous la porte de secours pour fuir tout bonnement, pour tout quitter et ressurgir comme l'étang Massel, ailleurs et plus serein ? Ecrivons-ça !

Conte, rendu by manzelKa

avec Jacky, Christiane Fred, Sophie, Dominique Christine, Philippe Rosalie, Camille, Régine Florence, Marie-Line...

 

animatrices

Isabelle Kanor

Véronique Kanor

chauffeur

Fabienne de Trinité

conceptrice

Isabelle Kanor

Le Labo des Lettres

extraits des œuvres lues pendant la trace

Fabienne Kanor

FAIRE L'AVENTURE, 2014

Xavier Orville

L'HOMME AUX 7 NOMS ET DES POUSSIERES

Gisèle Pineau

L'AME PRETÉE AUX OISEAUX, 1992

Derek Walcott

PREPARATION A L'EXIL

Saint-John-Perse

AMERS

et toujours nos poètes Haïtiens chéris :

Kettly Mars, Michèle Voltaire, Fred Lafortune

et Darah Lhérisson

ANTHOLOGIE DE LA POESIE HAITIENNE CONTEMPORAINE