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  >>>  trace 12. Le petit cahier. Dimanche 26 mars 2017 - Bourg du Prêcheur

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Cet atelier est une démarche de création sur le thème de la poésie. Le titre, inspiré du Cahier d’Aimé Césaire, est un prétexte pour écrire la poésie dans ses formes et dans son fond. Enlever les mots de la bouche d’autres poètes, saisir au détour d’une wet, d’une parole croisée, d’un bleu outre-mer et pétrir tout cela avec ses petits bouts de soi. Ecrire à partir de la mémoire et de son vivant, des ombres et de la lumière. Devenir l’écho lyrique et fécond d’un cri identi-Terre. C’est cela écrire son Petit Cahier. C’est dire à l’encre sa parole amarrée au silence, c’est dire à coups de mots sa parole blessée et sa langue résistante. Ecrire son Petit Cahier c’est se surprendre à trouver au fond de soi la force qui nous guide au bout du petit matin…

Isabelle Kanor

Vous écoutez  "Reine des coco",

un texte écrit par René

et mis en musique 2 mois plus tard.

Si tu étais une rime…

Dans la rosée de ce matin, il y avait ceux qui auraient été des rimes riches, embrassées, d'autres des rimes en "el", en "coeur", en "canetons", en "cocorico"... des rimes qui riment avec rien et Félicia qui donne le ton "Moi, je serai loin de tout / loin de partout / mais ici."

Et c'est effectivement loin de tout-partout, ici-même que nous étions : au Prêcheur, au bout d'une île qui en a autant qu'elle compte d'âmes errantes en son sol.

Ce bout-là est étalé. Par lequel le prendre ? C'est ce que nous nous étions demandé en faisant le repérage. Piknidouille-c'est-toi-l'andouille... On l'a pris en son mitan, là où, avant, les jeunes, les Syriens et la vie faisaient des ti-wet, des tiroirs remplis d'éphémères, de dense et de ce mouvement incessant qui caractérisent les villes. Force est de constater qu'aujourd'hui, les tiroirs sont vides, remplis d'un sentiment de temps arrêté. Par qui ? Haut les mains le temps ! Dans quelle prison croupit-il à présent ? Ce n'était pas le propos du jour. Nous, nous cherchions la poésie.

Il est midi : un coq blanc, une chaise roulante vide, du linge au vent, des cuisses de poulet barbecouitent sur le trottoir, un homme déjà boulé s'approche :

Ma tourterelle / Voici ta branche / Repose-toi sur ma branche / Si tu tombes, je me relève avec toi / Mais ne tombe pas pour ne pas que je puisse me relever."

Euh... Tu peux répéter ? Il redit. Euh bis...

Nous nous sommes posés devant une maison abandonnée -une des nombreuses maisons abandonnées. Poésie, pourquoi t'es partie ? En créole, en français, en moit'-moit' chacun a cherché, consigné dans son petit cahier ses humeurs poétiques ou pas, ou quoi. C'est quoi un poème ? Ecrire vite, sans se poser de questions... mais laisser celles-ci se poser sur le cahier. Ce ne sont pas des points d'interrogation qui alors se déroulent mais des points d'accroche. Chaque texte suspend son auteur à ce qu'il est. Chaque texte dessine les contours d'une peau, d'un regard, d'un homme. "Excusez-moi, mais je crois que je suis glauque, en fait !" Il est où le bonheur / Il est oùùùùù ? / Il est où le bonheur / Il est où ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

avec Christelle René, Vincent Emmanuel Fabienne C

Félicia...

 

Félicia connait cette ville. Elle y est née et nous entraine dans ce qui n'a pas été écrit : les gens et le marquage du temps. Ici, il y a des dates clés qui permettent de se situer. Tout comme les Chrétiens ont un avant et un après JC, les Piérrotains ont un avant-après Ti-Volkan et un avant-après Gwan-Volkan. Cette maison sur laquelle nous avions écrit tantôt ? C'était celle d'un couple qui n'a pas eu d'enfants. Les héritiers directs sont Dominiquais "Mais avec les lois françaises, difficile pour eux de récupérer le bien." Ça, c'est le vieux clocher. Classé. On s'assied sous l'arbre à palabres pour l'ultime pause. Les yen-yen participent en marquant sur nos peaux leur désagréable vibration tandis que nous, nous demandions qui nous étions... et l'écrivions sur la 4ème de couverture de notre petit cahier tout griffé de poésie made in Prêcheur.

 

Conte, rendu by manzelKa

Devant une colonne que le temps a jetée à terre, nous lisons l'inscription sur le piédestal "A la mémoire de Duparquet / premier colonisateur de l'île / La Martinique reconnaissante." Hier a n'a pas écrit sa meilleure prose. Peut-être que demain, fera mieux.

Autre version de "Reine des Coco", un texte écrit par René et librement mis en images et en bouche par Vincent.

Ecrire est un sport d'équipe !

pendant que chaque écrivant lisait ses textes, Isabelle a attrapé des mots, des fragments de phrases au vol et les a réunis taf-taf pour, en conclusion de l'atelier, nous offrir

le Texte de l'atelier 

 

La poésie a disparu. Recroquevillée à l’ombre des murs blessés
J’en cherche la trace, j’en ai les mots, l’envie au bout des doigts.
La poésie a disparu
Je l’ai rencontrée au bout du petit matin
Il y a trois jours
Je suis lasse, la poésie a disparu
Les persiennes de l’ennui n’ont pas résisté, Bonjié padon !
Un soir de grand vent, vlan ! La poésie a disparu
Il y aura toujours une voie dans ma transcendance – une voix.
La poésie était là, plus bas que terre, abandonnée de tous
Ou ka senti viyé jes an tan lontan
Tout pawol Matinik rété la, an mitan bou Préchè
La poésie était muette, sans os.
Fin atroce.


Je vois deux sœurs, des milliers d’âmes détournées
Ma poésie spirale de verre s’arrime au déséquilibre
Ciel !
Je cherche l’essentiel, l’eau, je veux des ailes
Allumer les flonflons un soupçon volages
Mots dits mal dits, pourris, au bout des matins du monde
Mal dit de moi qui n’ai pas pu te dire
Fanm miroir, en poésie créole, cocoricotée, connectée, envolée
S……ouffle

 

.

Chut. Taisez-vous.

Le Prêcheur est un pêcheur . Ne manque pas d’air. Solitaire.

I wè lan mè-a. Je n’ai pas compris ma mère.

Il fallait faire beau, herbe folle, au pied du cocolocoba

Sache que. Et rien du tout. Absolument rien.

Seul le bleu de lan mè, vague à l’âme, écume offrande.

Et disparait

J’oublie la trace, petit morceau de moi

Vois le bleu de l’eau rougie.

Souffle.

La vie est noire. Et blanche. Et bleue.

Les bateaux bleus. Et blancs.

Tant de possibles...

Ce qui est. Ce qui nait. Ce qui n’est.

Ils disent que. Ils disent. Ils disaient que

Vert. Noir. Marron. Le Maléfique esprit.

Soumis. Insoumis

Autant de mots à la dérive.

Je suis prince, maître du temps

Je connais les secrets et les chaussures cirées.

Je suis résilience, chant de boucle

Par ici laideur, la Martinique reconnaissante

Par ici, magnifique, la Martinique naissante.

extraits des œuvres lues pendant la trace

Aimé Césaire, CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL

Malik Duranty, PWEZI MOFWAZ

Monchoachi, L'ESPERE GESTE

Anthologie de la poésie contemporaine haïtienne, 2016 :

- Michèle Voltaire Marcelin, Il FAIT UN TEMPS DE POEME

- Gary Klang, LES MOTS

animatrices

Isabelle Kanor

Véronique Kanor

conceptrice

Isabelle Kanor

Le Labo des Lettres